Articles

Être métisse : dans quelle case rentrer?

par Sunita Mittal · 16 septembre 2023

Dernièrement en métropole, j’ai rencontré quelqu’un et au détour de la conversation, il m’a posé une question simple, devant laquelle je suis restée perplexe :

-« Mais tu viens d’où toi? »

Une petite interrogation qui, en 2025, peut s’avérer être un véritable
casse-tête pour beaucoup d’entre nous. Je suis perdue, j’ hésites, je ne suis pas sûre d’avoir la réponse adéquate…
Tentant de me rendre plus concise, je finis par moi même m’interroger :

https://smartlink.ausha.co/bysunita/d-ou-viens-t

 

Donc si nous ne parlons pas de là où je suis née, mon point de départ pourrait être antérieur à moi. Ça remonterait à avant ma création.
La réponse viendrait-elle alors de mes gênes, de mes origines…raciales?
En gros, dire là d’où viennent mes parents ou mes aïeux, revient à dire d’où je viens? OK. C’est un concept.
Encore une fois incomplet car parfaitement dépourvu de notion d’éducation culturelle.
Parce qu’un mec, né en France et elevé par un couple de péruviens, ne vient toujours pas du Pérou. Certains enfants d’immigrés ne sont même jamais allés dans les pays quittés auparavant par leurs parents!
Là non plus, cette possibilité ne convient pas.

Pour revendiquer une appartenance à une communauté, quelle qu’elle soit, cela demande un effort d’assimilation. C’est comme incorporer une équipe, dont chacun doit en apprendre les codes. Je ne peux pas dire que je viens d’Argentine, si je n’ai aucune histoire avec ce pays, si je n’en connais ni la langue, ni la culture…en avoir envie ne suffit pas. Et ceci, même à des échelles beaucoup plus réduites….régionales voir locales. Car, même un parisien pur souche, devra convaincre avant d’être d’intégré dans des régions comme l’Auvergne, ou la Picardie par exemple. Bien que ce soit la France. Vous voyez?
Donc si je veux dire que je viens de cet endroit, il faut au préalable y être accepté à part entière. C’est l’opinion publique qui statut. Dans ce cas de figure, je ne décide pas de là d’où je viens, ce choix revient aux détenteurs de ce « titre ». Légitime me direz-vous, et en un sens je suis parfaitement d’accord.

Mais cette théorie a elle aussi des limites. Pour l’illustrer je vais prendre un exemple bien concret, celui de mon Papa adoré.
Immigré dans les années 80, il a appris seul une langue et une culture jusqu’ici inconnue. Pas d’internet à l’époque, très peu d’infos, mais des rêves plein la tête. Catapulté dans un monde de fou, il ne s’est pas contenté d’élire domicile en France. Il a appris, et travaillé très dur pour ne rien devoir d’autre qu’à son pays d’accueil un profond respect. Il célèbre d’ailleurs chaque année la date d’obtention de sa nationalité française avec fierté.
Il a voté, à chaque fois qu’on lui demandé son avis, a créé de l’emploi, et a contribué dans la vie de son quartier de façon étonnante. Si reconnaissant, si français, qu’il a même refusé la double nationalité indienne, alors que nous ses enfants, l’avons tous.
Et malgré tout, à 60 ans passé, dont la moitié en France, quand on lui demande d’où il vient…
Ce n’est pas « Grenoble », la réponse attendue.

On l’entend à vrai dire très peu ici à Saint-Martin.
Surement dû au fait que trop de nationalités et de cultures cohabitent sur l’île.
Être insulaire dans les Caraibes, c’est aussi ça : un gros mélange de gens qui viennent de partout avec leur langues, leurs coutumes, et qui rajoutent une pierre à l’édifice local.
Il n’y a qu’à écouter le créole Saint-Martinois pour comprendre! C’est un mix d’anglais, de créole haïtien, d’espagnol, avec des touches de français par ci par là… Ça c’est une langue bien vivante!
Quant aux plus anciennes familles natives des Antilles, leur rapport aux origines est différent. Beaucoup sont toujours en quête de leur racine mère, détruite lors de l’importation de leurs ancêtres alors esclaves. L’Histoire est lourdement chargée. Pas la peine d’en rajouter avec plus de questions.

-« Tu m’as entendu? Tu viens d’où? »
Bon le gars attend visiblement une réponse.
J’ai comme l’impression d’être d’une orange sur le marché, en attente d’être etiquettée pour afficher ma provenance.
Je le regarde dans les yeux comme pour m’excuser d’avance, et je me lance:

← Tous les articles